Quand le cerveau et la motivation font la paire : L’importance des aspects cognitifs et conatifs dans les apprentissages
Vous est-il déjà arrivé de vous demander pourquoi certains élèves semblent absorber les connaissances comme une éponge tandis que d’autres regardent le tableau avec le même enthousiasme qu’un chat devant un bain ? Ou pourquoi vous-même, adulte responsable (la plupart du temps), pouvez mémoriser sans effort les paroles d’une chanson entendue trois fois à la radio, mais pas la liste des courses que votre conjoint vous a répété ce matin ? La réponse se trouve dans cette alliance fascinante entre les processus cognitifs et conatifs qui gouvernent nos apprentissages.
LES ASPECTS COGNITIFS : QUAND NOTRE CERVEAU FAIT SON SHOW
Les aspects cognitifs regroupent l’ensemble des processus mentaux liés à la connaissance : perception, mémorisation, raisonnement, résolution de problèmes… C’est notre cerveau en pleine action, traitant l’information comme un chef d’orchestre dirigeant sa symphonie neuronale.
La perception : notre première porte d’entrée
Avant même de comprendre une information, nous devons d’abord la percevoir correctement. Que ce soit par la vue, l’ouïe, le toucher ou les autres sens, notre cerveau filtre constamment le déluge de stimuli qui nous entoure. Et parfois, ce filtre ressemble davantage à une passoire capricieuse qu’à un tamis précis.
Un exemple concret : Un enseignant expliquant le théorème de Pythagore pendant qu’un élève est distrait par une mouche qui exécute un ballet aérien près de la fenêtre. Pour cet élève, la trajectoire de l’insecte devient soudain plus captivante que a² + b² = c².
La mémoire : ce disque dur aux capacités mystérieuses
Notre mémoire, cette merveille biologique, peut stocker des informations pour quelques secondes (mémoire de travail) ou pour toute une vie (mémoire à long terme). Elle peut aussi, sans prévenir, vous faire oublier où vous avez posé vos clés il y a cinq minutes tout en vous rappelant avec une précision chirurgicale la honte ressentie lors de votre récitation de poésie ratée en CM1.
PETITE ASTUCE COGNITIVE : La répétition espacée est bien plus efficace que le bourrage de crâne de dernière minute avant un examen. Notre cerveau aime les rappels réguliers, comme un enfant qui demande « on arrive quand ? » toutes les dix minutes pendant un trajet.
Le raisonnement : notre GPS mental
Le raisonnement nous permet de naviguer dans le monde des idées, de faire des liens entre les connaissances et de résoudre des problèmes. C’est grâce à lui que nous pouvons comprendre pourquoi 2+2=4 mais aussi pourquoi certaines décisions nous laissent perplexes. Parce que oui sans un minimum de raisonnement, on avance à vue, sans carte ni boussole.
LES ASPECTS CONATIFS : LE CARBURANT DE L’APPRENTISSAGE
On peut avoir le meilleur moteur du monde (merci les aspects cognitifs), sans carburant, on reste sur place. Les aspects conatifs, eux, mettent du mouvement dans nos apprentissages. Motivation, volonté, émotions positives, attitude face aux efforts : tout ce qui donne envie d’avancer et cela même quand la route est longue.
En d’autres termes, c’est ce qui vous pousse à continuer (ou pas) quand les choses deviennent difficiles. C’est cette petite voix intérieure qui dit « Allez, encore une page ! » ou parfois « Netflix, me voilà ! »
La motivation : cette flamme capricieuse
La motivation peut être intrinsèque (liée au plaisir et à l’intérêt personnel) ou extrinsèque (liée aux récompenses externes). Comme un feu de camp, elle nécessite à la fois un bon démarrage et un entretien régulier pour ne pas s’éteindre au premier obstacle.
PETITE OBSERVATION : Il est fascinant de constater comment un adolescent prétendument « fatigué » pour ranger sa chambre peut soudainement déborder d’énergie quand il s’agit de participer à une soirée jeux et pizzas entre amis.
La persévérance : cette marathonienne de l’apprentissage
Apprendre demande de la persévérance, cette capacité à continuer malgré les difficultés. C’est l’élément qui fait la différence entre abandonner au premier échec et se relever pour réessayer jusqu’à la réussite.
MAXIME MOTIVANTE : « L’échec n’est pas l’opposé de la réussite, c’est une partie du chemin. » (Ou comme le disait un philosophe anonyme du dimanche : « Si tu tombes sept fois, relève-toi huit fois… puis consulte un médecin, car il y a peut-être un problème d’équilibre à résoudre. »)
L’autorégulation : le chef d’orchestre interne
L’autorégulation est notre capacité à gérer nos propres comportements, émotions et pensées pour atteindre nos objectifs d’apprentissage. C’est ce qui nous permet de continuer à étudier même quand notre série préférée nous appelle désespérément depuis notre plate-forme de streaming.
L’INTERACTION COGNITIVE-CONATIVE : UN DUO INDISSOCIABLE
Un apprentissage efficace se produit naît de la synergie entre nos capacités cognitives (ce que l’on comprend) et conatives (ce qui nous pousse à agir). Ces deux dimensions se renforcent mutuellement :
Le cercle vertueux de la réussite
Quand nous comprenons bien un sujet (aspect cognitif), notre motivation (aspect conatif) augmente. Cette motivation nous pousse à nous engager davantage, ce qui améliore notre compréhension, et ainsi de suite. C’est le fameux « effet boule de neige » de l’apprentissage, bien plus agréable que son cousin météorologique.
Le cercle vicieux de l’échec
À l’inverse, des difficultés de compréhension peuvent ébranler notre confiance et freiner la motivation, nous conduisant à moins nous investir, ce qui aggrave nos difficultés. C’est le syndrome du « j’abandonne ce cours de maths pour me concentrer sur mes talents artistiques inexploités ».
Applications pratiques pour les enseignants et apprenants
➢ Pour les enseignants
1. Varier les approches pédagogiques pour stimuler différents aspects cognitifs
2. Cultiver un environnement émotionnellement sécurisant où l’erreur est vue comme une étape de l’apprentissage
3. Rendre explicites les stratégies d’apprentissage pour développer la métacognition des apprenants
4. Valoriser les progrès plutôt que les résultats absolus
➢ Pour les apprenants
1. Connaître son profil d’apprentissage pour adapter ses méthodes de travail
2. Fixer des objectifs réalistes et célébrer les petites victoires
3. Cultiver sa curiosité en faisant des liens avec ses centres d’intérêt
4. Pratiquer l’apprentissage actif plutôt que la simple mémorisation passive
Si l’apprentissage était une symphonie, les aspects cognitifs et conatifs en seraient les deux mouvements essentiels, indissociables et complémentaires. D’un côté, le cognitif nous offre les outils intellectuels, les structures mentales et les capacités d’analyse nécessaires pour traiter l’information. De l’autre, le conatif nous fournit le carburant motivationnel, la persévérance et l’engagement émotionnel indispensables pour mettre ces outils en action.
Un apprentissage qui ne s’appuierait que sur le cognitif ressemblerait à une bibliothèque magnifique mais fermée à clé : pleine de potentiel mais inaccessible. À l’inverse, un apprentissage uniquement basé sur la motivation, sans les structures cognitives adéquates, serait comme un moteur puissant sans direction : beaucoup d’énergie dépensée pour peu de résultats concrets.
L’éducation du 21ème siècle doit reconnaître cette vérité fondamentale : ce n’est pas tant ce que nous savons qui compte, mais notre capacité à mobiliser ce savoir et à maintenir notre engagement dans la durée. Dans un monde où l’information est omniprésente mais où l’attention est la denrée la plus rare, cultiver à la fois nos capacité cognitives et conatives devient la véritable clé de la réussite.
Les apprenants les plus accomplis ne sont pas nécessairement ceux qui possède le QI le plus élevé mais ceux qui ont développé cette alchimie subtile entre savoir, vouloir et persévérer. Ils ont compris que l’intelligence sans motivation reste lettre morte, et que la motivation sans structure cognitive s’épuise rapidement. Maîtriser cette danse entre cognition et conation n’est plus un luxe, mais une nécessité. Alors la prochaine fois que vous vous retrouverez face à un nouveau défi d’apprentissage, rappelez-vous que votre cerveau et votre motivation sont comme un duo de danseurs : ils fonctionnent mieux quand ils sont en harmonie et qu’on leur offre régulièrement une pause-café.
Lwiza BENNINI Enseignante, Psychopédagogue

